Vendredi 15 octobre 2010
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Les élèves doivent-ils s’adapter au professeur ou le professeur doit-il s’adapter aux élèves ?
Euh ! …Ben ! … Les deux mon capitaine ! ! !
Les élèves doivent-ils s’adapter au professeur ? Oui mais les règles doivent être très claires et
clairement énoncées, en particulier lors du premier cours. A cette condition, ils peuvent accepter des choses étonnantes.
Si vous êtes en retard, vous devez me recopier cinq poèmes de Baudelaire quelle que soit
la raison même si votre bus a eu du retard, même si vous étiez chez le CPE. Pas de problème, ils le feront car ils le savaient et ils évitent d’être en retard.
J’ai eu une classe de terminal STI électronique avec laquelle je n’avais pas été très
clair sur le travail, les exigences et la discipline parce que je l’imaginais comme une autre classe STI électronique que j’avais en parallèle et qui était plutôt correcte. Malheureusement le
profil des deux classes était totalement différent et ce fut une bagarre tout au long de l’année avec la classe la plus dissipée
Le professeur doit-il s’adapter au professeur ? Oui mais l’objectif est d’apprendre et de progresser
jusqu’au niveau demandé par les programmes. Une condition : c’est d’être très à l’écoute de leur niveau et de leur capacité de concentration.
C’est donnant donnant. Je m’adapte à certaines de leurs demandes, ils doivent s ‘adapter aux miennes. S’ils n’en profitent
pas je ne leur donnerai pas une seconde chance. Si tout cela est bien clair, en général le groupe classe suivra. Bien sur, il peut toujours y avoir des individualités qu’il faudra
maîtriser.
.
En première STI, la moitié des élèves viennent de BEP, factoriser avec les identités
remarquables et résoudre une équation simple fait partie des angoisses de leur scolarité. J’essaye de m’acharner, de recommencer, de refaire, de faire autrement, rien ne marche. Cependant, deux
mois après, on travaille sur le discriminant d’un polynôme du second degré. La notion semble complètement nouvelle pour eux et j’aperçois un déblocage. Pourtant, je pensais que la notion ne
serait pas comprise sans une bonne connaissance des factorisations. J’aurais mieux fait de m’arrêter rapidement sur les factorisations plutôt qu’un acharnement qui risquait un dégoût
supplémentaire.
Le mardi, Les élèves de terminales commencent à 8h avec deux heures de sport, n’ont
qu’une heure pour manger et commencent deux heures de maths avec moi à 15 h. Ils ont donc déjà 6 heures de cours dans la tête avant le cours de maths. Le cours peut devenir infernal ou au
contraire amorphe. J’ai essayé de faire un cours correct ; une fois sur deux, c’est l’échec ; disons même deux fois sur trois. J’ai donc instauré la sieste de 10 à 15 minutes, montre en main, en
début de cours. Croyez-vous que c’est du temps de perdu ? Que nenni, moi et les élèves préféreront largement l’heure et demi efficace après la sieste que les deux heures de combat acharné contre
l’excitation ou la mollesse.
J’ai un cours de 11h à 13 h avec les premières S. A partir de 12h, 12h15, j’arrête de leur faire faire des exercices
complexes. Je passe à un cours magistral sur une notion très simple que j’étire au maximum et je leur fais faire oralement quelques exercices genre QCM ou Vrai /faux. J’ai essayé une fois de leur
faire une progression à difficulté croissante tout au long des deux heures. Le résultat fut désastreux. En vérifiant le lendemain, tout ce qui avait été fait à partir de 12h15 avait été oublié,
mal recopié, mal compris ou compris de travers.
Dans certaine classe, genre STG, certains peuvent avoir des difficultés même à tracer
une droite. Je reviens calmement à cette base pour aller jusqu’aux calculs de dérivées. Beaucoup sont très surpris de finalement y arriver. Je n’ai pas hésité à perdre du temps au début. Il est
toujours plus inefficace d’ignorer leur ignorance et de se retrouver coincé par la suite.
Quand les élèves me demandent de ralentir, je ralentis, je recommence parfois.
S’ils le demandent c’est qu’ils sont en mode de recopiage, il n’y a plus de place pour la compréhension. Ce que vous dites n’a plus vraiment d’impact.
Parfois, après un contrôle, deux jours avant les vacances ou en fin de semaine, ils sont
tellement fatigués que je peux être complètement déstabilisé par leur « idiotie », même avec de très bons élèves. Il faut se méfier de ces moments là. Je peux vraiment croire qu’ils le font
exprès et je m’énerve. Essayez vous-même de résoudre un problème de n’importe quoi après une journée de travail épuisante et vous verrez que vous n’arriverez plus à comprendre même des
évidences.
Et vous trouverez des tas d’exemples de ce genre tout au long du blog.
J’ai voulu écrire cet article après une heure, un jeudi, deux jours avant les vacances de février. Les élèves de
terminale STI venaient d’avoir un contrôle de physique. Je leur fais faire un TP sur ordinateur en pensant que cela serait plutôt détendu. En général, ils adorent.
Je leur explique, via mon écran qui est projeté sur le leur, comment construire un point de coordonnées A(1 ;1) de la façon
suivante :
-Tapez "A majuscule", je dis bien "majuscule" puis "=" , j’insiste "=" , "parenthèse, 1, puis virgule
"
Je recommence trois fois la virgule.
-Enfin "1" et vous n’oubliez pas de fermer la parenthèse.
N’oubliez pas, qu’en même temps, il me voit faire A=(1 , 1).
Pourtant la moitié des élèves n’arrive pas à faire leur premier point.
Ensuite le TP demande de calculer f(x)–f(a) sachant que f(x)=x². Les trois quarts n’arrivent pas à écrire f(x)–f(a)=
x²–a²
Je commence à m’énerver et puis je m’arrête brutalement en m’imaginant mardi soir après 7 heures de cours entrain d’essayer
de comprendre une phrase simple en Japonais. Je ne vous l’ai pas dis ? J’apprends le japonais en ce moment. C’est dur ! !