Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
2 avril 2006 7 02 /04 /avril /2006 22:44

J'essaye d'avoir un respect presque sans faille pour mes élèves, ils me respecteront que plus; même l'élève le plus récalcitrant ou le plus désagréable peut devenir alors un agneau quand vous lui parler en tête à tête. Je n'ai rencontré qu'une fois un élève vraiment méchant, et je n'en suis plus très sûr maintenant car je débutais dans le métier et n'étais pas toujours aussi efficace.

Parfois, dans un moment d'absence ou de fatigue, il m'est arrivé d'avoir des mots mal placés ou irrespectueux. Je n'hésite pas à m'excuser auprès de la classe dès que je m'en rends compte. Bien sur, il faut le faire sans contrition.

Je suis très attentif au discours que tiennent les élèves. Ils sont en général assez mauvais comédien bien que parfois ils le croient.

Mourad, un bavard compulsif mais très intelligent, se mettait à parler de mathématiques un peu dans le désordre dés que je m'approchais de lui. Il a fallu au moins 3 mois pour lui faire comprendre que personne n'était dupe de son jeu et qu'il devait arrêter de prendre les autres pour des imbéciles sinon cela lui retomberait sur la tête.

Quand un élève n'arrive pas à faire un exercice simple je ne crois jamais qu'il essaye de se moquer de moi. J'ai du mal à croire qu'ils possèdent un tel niveau de cynisme sur leurs capacités. C'est plutôt le manque de confiance en soi qui les caractérisent.

Une collègue d'anglais d'une de mes classes de seconde vient me voir en me disant qu'Antony se moquait d'elle parce qu'au lieu de conjuguer les verbes dans une phrase à trous, il mettait simplement le temps. Elle s'est énervée et lui aussi par dessus le marché. Antony est un redoublant, que je connaissais, qui revenait de très loin. J'explique donc à ma collègue qu'Antony a mal fait son travail, c'est vrai, mais il l'a fait, ce qui fait toute la différence. Elle a alors complètement changé sa façon d'aborder Antony et cela c'est finalement bien passé jusqu'à ce qu'Antony se rende compte qu'il était très très loin d'un niveau d'Anglais suffisant.

J'essaye de répondre à toutes les questions du moment qu'elle ne gène pas la continuité du cours. Il peut y a avoir des questions terriblement "idiotes", à première vue. Je me méfie de ce mot "idiot" comme de la peste, cela peut cacher des incompréhensions que l'on ne soupçonne pas.

Une fois un élève ni bon ni mauvais m'a demandé pourquoi "–´ – = +" et sur le moment je fus incapable de répondre.

La plus part des élèves ont très peu conscience des conséquences de leurs actes. C'est le propre de l'adolescence. Il faut donc leur en parler et leur dire.

Un collègue me parle de Thibaut qui fait le clown en classe. Il m'affirme que Thibaut sait très bien ce qu'il fait. Cependant Thibaut est un hyper actif dyslexique, et j'ai du intervenir avec son père et le proviseur adjoint pour calmer son attitude car la classe commençait à le rejeter et à l'insulter. De plus, il devenait paranoïaque et le moindre événement prenait des proportions gigantesques. Il a été sous le choc quand on lui a appris qu'il gênait ses camarades par son attitude.

Un élève qui ne fait rien et bavarde continuellement depuis trois mois sort un journal pendant le cours et commence à le lire. Je lui dis de sortir et de ne plus revenir dans mon cours. Celui ci m'affirme que je ne le dérangeait pas. Je lui réponds que non seulement il me dérangeait mais qu'en plus il m'insultait. Il n'a plus rien dit et il est parti. Je suis intimement persuadé qu'il venait de découvrir un aspect du monde qu'il ne soupçonnait pas.

Un élève était profondément désagréable, par des petites remarques, des petits gestes, des petits airs... Je lui dis pendant une réunion avec à son père qu'il était odieux, désagréable et impoli. Il dit que c'est faux. Je le regarde en face et lui dit qu'il ne suffit pas de grand chose pour être odieux, il suffit d'un "pfff" et je laisse un léger filet d'air s'échapper à la commissure de mes lèvres. L'élève est devenu rouge écarlate.

Un jour j'arrive dans une salle de devoir surveillée. Un élève faisait le rigolo en se mettant à une table dos au tableau et les surveillants n'arrivaient pas à le raisonner. J'interviens en lui disant d'arrêter de faire le méchant. Sa dénégation timide sur sa prétendue méchanceté fut exemplaire de la déstabilisation dans laquelle il se trouvait. Il ne se voyait pas méchant.

 

Le mot "méchant" est très utile. il n'est pas considéré comme une insulte mais touche profondément les élèves dans la vision qu'ils ont d'eux même. Si vous dites à un élève qu'il est méchant, il ne se sentira pas insulté mais sera souvent déstabilisé. C'est vrai. ils ne sont jamais méchants mais ils peuvent agir de façon méchante sans s'en rendre compte. Il faut donc les rappeler à l'ordre.

Une des choses qui me choque encore au lycée, c'est la permission que l'on donne aux élèves de première de refuser l'avis du conseil de classe qui considère que le redoublement est la meilleur des solutions. Je ne suis pas choqué parce que l'on enlève un certain pouvoir aux professeurs mais parce que l'on donne aux adolescent le pouvoir d'une décision qu'ils ne sont généralement pas capable de prendre. On refuse aux adolescents d'être des adolescents.

Une élève de première S d'un niveau lamentable s'est presque mise à pleurer quand j'essayais de la convaincre de redoubler: "mais pourquoi me laisse-t-on le choix ?" a t elle crié.

Les professeurs peuvent être souvent déstabilisés par les questions sur l'utilité de ce qu'on enseigne. Cela peut apparaître comme une attaque direct de la part des élèves. Je pense sincèrement qu'il faut y répondre parce que notre enseignement doit contenir du sens et qu'il faut lever l'inquiétude de nos élèves. Répondre sincèrement à la question "A quoi ça sert ? ", c'est aussi un moyen de nourrir leurs motivations. J'utilise pourtant parfois une réponse que je trouve éthiquement scabreuse mais qui a le mérite de les impressionner. Je les renvois à certaines de leurs attitudes consuméristes et leur demande pourquoi on me payerais 3000 Euros par mois pour leur enseigner quelque chose qui ne sert à rien. Je gonfle en même temps mon salaire en proportion de leurs doutes. Je peux vous assurer que l'élève à qui je réponds cela ne m'a jamais plus demandé à quoi servait ce que je lui enseignais.

Partager cet article

Repost 0
Published by Courtois jerome - dans conseils
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : le blog conseil-de-prof
  • : Conseils, trucs et astuces d'enseignant experimenté pour enseignant débutant
  • Contact

Un vieux professeur

Conseils, trucs et astuces pour professeurs débutants

  J'étais professeur de mathématiques dans un lycée qu'on appellerait un "Lycée Sensible". On y trouvait des problèmes de violence (finalement assez rare comparé à ce qui peut s'entendre), de niveau, de travail et d'absentéisme. Je suis maintenant dans un lycée "prestigieux" du centre de Paris. Booh, finalement les adolescents restent des adolescents.
    Je ne pense pas être un professeur excellent, j'ai choisi ce métier parce que j'aime les mathématiques, les élèves et les vacances. J'essaye de faire mon métier honnêtement. Je n'ai pas l'intention d'être un innovateur en matière de pédagogie, j'ai d'autres choses à faire.
    J'ai choisi de faire un petit inventaire des trucs qui m'ont permis de devenir un professeur convenable en lycée difficile. Je ne ferais pas de commentaires didactiques, ce n'est pas le propos. Je ne pense pas que mes propositions représentent un remède miracle. Elles peuvent ne pas convenir à d'autres. Parfois certains trucs conviennent à un moment et pas à un autre. Il faut les tester et les comprendre.
    
Je conseille avant tout chose une lecture qui m'a beaucoup aidé dans ma relation avec mes élèves: "L'art d'avoir toujours raison" de Schopenhauer. Je rends aussi honneur à Catherine Henri qui a écrit "De Marivaux et du loft", une collègue de français qui a une conception de l'enseignement qui ressemble beaucoup à la mienne.

Recherche